HISTOIRE DE LA CRUCIFIXION

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histoire de la crucifixion

 

1 - Qu'est-ce que la crucifixion ?

Éthymologie : Crucifix trouve son origine du latin ecclésiastique du XIIe s. crucifixus, participe passé du verbe crucifigere, « fixer sur une croix », Par extension, le mot « crucifixion » désigne le Crucifiement de Jésus de Nazareth.

        👉 Cicéron (homme d'État romain du 1er s.), qualifia la crucifixion de « châtiment le plus cruel et le plus atroce ».

  • Effectivement, la Crucifixion n'était ni une exécution rapide ni une mise à mort « propre ». Il s'agissait bel et bien d'une longue et humiliante agonie ensanglantée, accompagnée de bruits divers, de râles et de fureur. 

poteaux de crucifixion 

  • Elle consistait à clouer le supplicié à une combinaison de poteaux verticaux et horizontaux jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le procès et la Crucifixion de Jésus de Nazareth sont emblématiques dans la théologie et les rites chrétiens. En effet, sa souffrance physique et la manière dont il a été crucifié puis ressuscité des morts ont transformé à jamais la vie des croyants. 

        👉 C'est au Xe s. que les Chrétiens se sont appropriés la Crucifixion comme symbole et que les croyants se sont affairés à retrouver des éléments de la Croix du Christ.

 

2 - Processus de la crucifixion ?

Selon la littérature romaine et les descriptions émanant des provinces, la Crucifixion était ancrée dans une routine bien huilée. 

                  étape crucifixion

  • Les bourreaux étaient, soit élus parmi les équipes militaires dirigées par un centurion, soit des soldats des provinces choisis parmi les auxiliaires locaux (indigènes ayant rejoint l'armée romaine).
  • Le supplicié était déshabillé, puis fouetté, « flagellé ». Dans l'idée d'une humiliation publique, il était « baladé » nu dans les rues que l'on appelle le chemin du calvaire. Et si les représentations chrétiennes montrent Jésus sur la Croix avec un pagne, c'est uniquement par décence.
  • Durant cette « parade », le condamné portait sur les épaules une poutre transversale, le patibulum, et non pas la croix en tant que telle. Traumatisé par la flagellation et amoindri par le poids de la poutre, il peinait à avancer, s'il ne mourait pas en chemin ! Il était donc usuel de réquisitionner une personne dans la foule afin de le maintenir jusqu'à son lieu d'exécution. 

Simon de Cyrène       

👉 Ce fut notamment le rôle de Simon de Cyrène qui, dans les versions évangéliques, accompagna Jésus jusqu'à sa « croix ».

  • Une plaque publique, le titulus, affichait le nom et le crime du condamné.
  • À cause de l'effusion de sang et de la contamination des cadavres, les exécutions se tenaient à l'extérieur des villes.
Les lieux privilégiés, déjà plantés de poteaux, profilaient les routes principales menant à ces villes, servant aussi à des fins de propagande pour illustrer la loi et l'ordre romains.

crucifixion le long des routes

  • Une fois arrivé dans ces champs de la mort, le supplicié était attaché ou cloué à la poutre transversale, elle-même hissée et reliée au poteau vertical (avec des poulies et des échelles). De nombreuses sources confirment l'utilisation de pointes de fer effilées (13 à 18 cm).
  • Enfin, s'ensuivait une mort lente due à une circulation sanguine restreinte, à la défaillance d'organes et à l'asphyxie, étant donné que le corps tendu subissait son propre poids.  
  • En fonction du contexte, il arrivait que les bourreaux accéléraient la mort du crucifié en fracassant les jambes (crurifragium) avec une massue de fer, ce qui les empêchait de supporter le poids d'un corps devenu trop lours et rendait la respiration plus difficile.     

    3 - Procédé de crucifixion ?

    Malgré ce que présente l'iconographie de l'art de la Renaissance, les clous n'étaient pas enfoncés dans les paumes des mains. 

    les crucifiés

             👉 Dans l'Évangile de Jean, lorsque Thomas ne crut pas que Jésus était ressuscité, il voulut voir ses " mains ". Le terme grec ancien pour " main " (kheir) englobait le bout des doigts jusqu'au coude, ainsi l'interprétation littérale dans l'art. 
              

    Depuis quelques décennies, historiens et scientifiques pratiquent des expériences sur des cadavres afin de bien comprendre comment mourait une victime de crucifixion.

          👉 Il s'est alors avéré qu'un clou planté dans la main aurait eu pour effet de déchirer immédiatement le corps sous son propre poids.

          👉 Il fut alors démontré que le clou était planté au poignet, à la jonction du cubitus et du radius. 
     crucifixion main ou poignet
     

             👉 Sénèque (philosophe, dramaturge et homme d'état romain du 1er s. de notre ère) rapporta que certains crucifiés étaient empalés dans leurs parties intimes. Il s'agirait d'une référence à la « corne », accessoire pointu à mi-hauteur du poteau, servant de "siège" à la victime. Peut-être était-ce un moyen de supporter le corps, cependant terriblement douloureux.

             👉 Sénèque  a aussi rapporté que certaines victimes étaient suspendues la tête en bas.

             👉 Flavius Josèphe (hisotriographe juif) décrit, quant à lui, avoir assisté à des Crucifixions, lors du siège de Jérusalem en l'an 70 de notre ère, lors desquelles des soldats plaçaient les victimes dans diverses positions, par haine, colère et sadisme.

    Parfois, les pieds étaient cloués croisés, mais, majoritairement, les clous étaient plantés par le côté du poteau. C'est ce que révèlent les 3 exemples suivants :

    • 1968 : Des fouilles effectuées à Giv’at ha-Mivtar, au nord-est de Jérusalem, ont mis au jour un reste de talon d’un squelette adulte traversé par un gros clou de fer d'environ 18 cm. Entre la tête du clou et le talon, on identifie des débris de bois d’acacia. Les tibias présents révèlent que les jambes ont violemment été brisées, et des séquelles sont visibles sur le radius droit. Il s'agit donc bien du cadavre d'un crucifié du 1er s. de notre ère, Yehohanan ben Hagkol, découvert dans un ossuaire du tombeau familial. 

     yehohanan crucifiéossuaire Yehohanan

    • 2007 : Un nouveau squelette (surnommé l'homme de Gavello) est découvert au nord de l'Italie ! Le calcaneus droit révèle l'impact du clou, à son entrée et sortie. Un fragment de bois d'olivier y a été trouvé.

     l'homme de Gavello

    • 2017 : Le squelette d'un esclave romain, datant approximativement du IIIe s., a été exhumé d'un cimetière d’une colonie romaine, à Fenstanton, en Angleterre. Il présentait aussi un clou de 5 cm enfoncé dans le talon.

    crucifié de Fenstanton

    4 - Pourquoi la crucifixion ? 

    La Crucifixion était le plus souvent pratiquée pour punir les esclaves, les criminels, les prisonniers et les agitateurs politiques ou religieux, les pirates et sur ceux qui n'avaient aucun droit civil. Elle était également un moyen de dissuasion sur les individus pouvant dévier du droit chemin. 

    Majoritairement, les crucifiés étaient volontairement maintenus en vie le plus longtemps possible, jusqu'à quelques jours, à l'aide d'un mélange de vinaigre et de fiel, comme le rapportent les évangiles. Inhalé, ce mélange faisait le même effet que du sel odorant pour « réanimer » le mourant.

             👉 L'objectif étant de prolonger le calvaire, ainsi que de montrer à tout un chacun les conséquences d'une rébellion contre le pouvoir.

     

    5 - Quelle est l'origine de la curicifixion ?      

    L'origine de la crucifixion semblerait remonter à l'Antiquité, en Méditerrannée orientale. Elle fut pratiquée par diverses civilisations anciennes : les Perses, les Carthaginois, les Grecs (avec Alexandre le Grand), les Séleucides, mais elle fut surtout largement adoptée sous l'Empire romain.

    crucifixion Polycrate

          👉 La plus ancienne crucifixion, datée en 522 A. C. par Hérodote (historien grec du IVe A.C.) serait la Crucifixion de Polycrate, le tyran de Samos, exécutée sur un arbre par les Perses.

          👉 Le premier bourreau qui nous vient à l'esprit s'appelle Ponce Pilate, préfet de Judée en l'an 26 de notre ère. Il est effectivement connu pour avoir ordonné l'exécution et le crucifiement de Jésus de Nazareth.

     

      A - La crucifixion et l'Empire perse  

    L'Empire perse fut donc la première civilisation à pratiquer la crucifixion telle que nous la connaissons. Dans la pratique, la crucifixion perse serait inspiré du supplice du palou empalement, pratiqué d'abord sous l'Égypte antique puis par l'ancienne civilisation assyrienne.

    Darius 1er et la crucifixion

    La première trace historique de crucifixion enregistréé est située en 519 A.C. lorsque Darius 1er, roi de Perse, ordonna la crucifixion de 3 000 opposants politiques à Babylone.

    La pratique de la Crucifixion s'est poursuivie sous l'Empire parthe, succédant à l'Empire perse. Elle était souvent utilisée pour humilier les ennemis et pour punir les commandants militaires et chefs rebelles qui menaient des soulèvements contre le régime au pouvoir.

     

      B - La Crucifixion et l'Empire carthaginois

    L'Empire carthaginois était une autre grande puissance de la région méditerranéenne pendant les guerres puniques. On pense que les Carthaginois, comme les Perses, auraient adopté la pratique de la crucifixion des Assyriens.

    Même si les Carthaginois n'étaient pas aussi prolifiques dans leur utilisation de la crucifixion que les Perses ou les Romains, quelques cas notables ont été enregistrés.

    Hamilcar Barca

             👉 L'un des cas les plus célèbres s'est produit au IIIe s. A.C., lorsque le général carthaginois Hamilcar Barca (275 - 228 A.C.), père d'Hannibal, a crucifié 500 prisonniers romains pour dissuader d'autres généraux romains d'attaquer les villes carthaginoises. 

    La pratique de la crucifixion est finalement tombée en disgrâce auprès des Carthaginois et a été abolie à la fin des guerres puniques, en l'an 146 A.C.. 

     

      C - La Crucifixion et l'Empire romain

    crucifixion empire romain

    Les Romains, après avoir annexé la Méditerrannée orientale, ont adopté l'approche des Carthaginois, entre autres, un empire méditerranéen rival, pendant les guerres puniques.

    • Rome absorba bon nombre de concepts et de pratiques des provinces. Les écrits de Cicéron, Plaute, Sénèque, Tacite et Plutarque révèlent largement les crucifixions romaines. L'une des occasions les plus tristement célèbres est celle où Marcus Crassus punit les survivants de la rébellion des esclaves sous Spartacus (73-71 A.C., la troisième guerre servile). Crassus ordonna qu'environ 6 000 esclaves soient crucifiés de part et d'autre de Naples à Rome. Les corps, en état de décomposition,  étaient abandonnés sur place pour montrer ce qu'il arrivait aux rebelles. 
    crucifixion romaine
      • La crucifixion romaine s'est massivement étendue au 1er s. après JC, pour punir les soldats rebelles et les combattants ennemis. Elle s'est ensuite généralisée sous le règne de l'empereur Auguste (63 A.C.- 14 après J.C.) pour éliminer les criminels et les dissidents politiques.
      • Sous le règne de l'empereur Tibère (42 A.C. - 37 après J.C.), la crucifixion était réservée à la classe la plus basse de criminels, comme les esclaves et les bandits. 
      • Mais sous l'empereur Néron, qui a régné de 54 à 68 après JC, la crucifixion a été utilisée plus fréquemment pour punir les chrétiens, qui étaient considérés comme une menace pour l'Empire romain.

      crucifixion romaine

      Le système pénal romain différenciait nettement les classes et le statut de chacune d'entre elles. La crucifixion était réservée aux esclaves.

                  👉 Il y avait une supposition tacite qu'un esclave était plus traître que les autres individus de la société. En effet, la loi romaine stipulait que si un esclave tuait un de ses maîtres, toute la maisonnée d'esclaves devait être crucifiée, sur le principe que personne ne révéla le complot : il devait donc s'agir d'une conspiration. Cependant, ce type d'exécution n'était pas courant car considéré par certains comme un gaspillage de ressources et de biens.

      Il a également été porté à notre connaissance la célèbre histoire de Jules César (100-44 av. J.-C.) enlevé par des pirates en Méditerranée. En attendant le paiement de sa rançon, il leur assura qu'il reviendrait crucifier ces pirates, ce qu'il fit. S'en prendre aux magistrats romains pour obtenir une rançon était considéré comme une trahison : la punition était donc la crucifixion.

       

      6 - Crucifixion de Jésus-Christ

       Jésus Christ crucifié

            👉 L'exemple le plus célèbre est bien évidemment la Crucifixion de Jésus-Christ. Son histoire est racontée dans le Nouveau Testament de la Bible selon laquelle Jésus de Nazareth aurait été arrêté et jugé pour hérésie par les autorités romaines. Il fut alors condamné à mort par crucifixion.

      Les chrétiens croient que Jésus a été crucifié en sacrifice pour les péchés de l'humanité. Sa crucifixion et sa résurrection auraient provoqué la rédemption de l'humanité. Elle est commémorée par les chrétiens chaque année à Pâques.

       

      7 - Abolition de la crucifixion

                👉 Au IVe s., Constantin 1er (env. 280-228 A.C.) aurait aboli la pratique de ce summum supplicium suite à une vision.

      En 312 précisément, la Vision de Constantin 1er lui apparut sous la forme d'une croix de lumière dans le ciel accompagnée de ces mots « In hoc signo vinces » (Par ce signe tu vaincras). Ceci l'aurait donc motivé à prendre conscience des souffrances et de la mort du Christ, et à se convertir au christianisme. Constantin le Grand devint ainsi le premier empereur romain chrétien !

      In hoc signo vinces   conversion Constantin 1er

                👉 Cependant, des doutes subsistent quant à cette version : des témoignages affirmeraient que les crucifixions officielles auraient continué dans l'Empire romain tout au long du règne de Constantin 1er.

      Le document le plus ancien attestant de l'interdiction de la crucifixion est le Code de Théodose, publié plus d'un siècle après la mort de l'Empereur romain.

      Si Constantin le Grand a réellement interdit la crucifixion, il n'est pas prouvé qu'il l'ait fait par hommage au Christ.

            👉 Aurelius Victor, premier historien a avoir affirmé le bannissement de la crucifixion par l'empereur, déclare cependant que la motivation aurait davantage été par humanité et moins par piété... En fin de compte, est-ce bien important ? 

       

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